Chaque année, des millions de catholiques entrent dans le temps du Carême. Mais pourquoi ce chemin de pénitence est-il nécessaire pour vivre pleinement la joie de Pâques ?
À première vue, ce temps peut sembler austère, voire incompréhensible dans un monde qui valorise l’immédiateté, le confort et le plaisir. Pourtant, depuis les premiers siècles du christianisme, le Carême constitue une étape fondamentale pour accéder à la profondeur du mystère pascal. Sans le désert, il n’y a pas de Résurrection pleinement comprise.
Le Carême n’est pas une parenthèse triste dans l’année liturgique : il est une montée vers la lumière. Et il commence avec le Mercredi des Cendres.
Retrouvez les horaires des messes du mercredi des Cendres de la paroisse de Chatou.
Origine du Carême : un héritage biblique et apostolique
Le mot Carême vient du latin quadragesima, signifiant « quarantième » .
Il renvoie immédiatement au chiffre 40, profondément symbolique dans l’Ancien et le Nouveau Testament :
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40 jours du déluge
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40 ans du peuple d’Israël dans le désert
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40 jours de Moïse sur le Sinaï
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40 jours du prophète Élie en marche vers Dieu
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40 jours du Christ au désert
Le Carême trouve son modèle dans le jeûne du Christ après son baptême, avant le début de sa mission publique : « L’Eglise s’unit chaque année par les quarante jours du Grand Carême au mystère de Jésus dans le désert » (Catéchisme de l’Eglise catholique, n° 540)
Dès les premiers siècles, le Carême apparaît comme un temps de conversion et de préparation au baptême pour les catéchumènes. Au IVᵉ siècle, l’Église étend cette période de conversion pour tous les fidèles.
Benoît XVI rappelle que le Carême « favorise un parcours de renouveau spirituel éclairé par cette longue tradition biblique, qui sert surtout à apprendre comment imiter Jésus qui, au désert, vainquit la tentation grâce à la parole de Dieu ». Retrouvez les propos du Pape sur le Carême sur Eglise Catholique de France.
Le Carême : un chemin vers la joie de Pâques
Le Carême n’existe que pour une raison : préparer son cœur à Pâques (résurrection du Christ), le sommet de l’année liturgique. Sans préparation intérieure, cette fête risque de devenir un lointain souvenir culturel, une tradition familiale ou une simple célébration sociale.
Or pour les chrétiens, Pâques n’est pas une fête parmi d’autres, elle est le cœur de la foi chrétienne. Sans la Résurrection, la foi chrétienne n’a pas de sens, comme l’affirme Saint Paul :
« Si le Christ n’est pas ressuscité, notre foi est vaine »
Pourquoi passer par la pénitence ?
Mais pourquoi faudrait-il renoncer, se priver, ou jeûner pour préparer une fête ?
La joie chrétienne n’est pas une simple émotion ; elle naît d’un cœur libéré. Nous savons combien nos vies sont encombrées : habitudes, distractions, dépendances, rythmes effrénés. Le Carême propose, en renonçant à certains plaisirs ou habitudes, de redonner à Dieu sa juste place dans nos vies. La pénitence du Carême ne vise pas à punir le corps, elle vise à libérer le cœur.
En renonçant volontairement à certains biens légitimes, le chrétien redécouvre qu’il ne vit pas seulement de consommation ou de confort. Il se rend disponible à une relation plus profonde avec Dieu.

Les règles du Carême en 2026 : entre fidélité et discernement
Le Carême : un temps d’interdits ?
Lorsqu’il est question du Carême, l’attention se porte souvent, presque spontanément, sur les règles à observer et les interdits à respecter. Cette attente de règles pour le Carême n’est pas surprenante. Dans toute tradition religieuse, la recherche de repères visibles apparaît comme une manière de se situer et de donner une forme concrète à l’engagement spirituel.
Ainsi, beaucoup abordent le Carême à partir de questions normatives : que demande l’Église ? Quelles sont les règles du Carême ? Quels en sont les interdits ? Quels comportements sont requis ? Cette approche traduit un souci légitime de fidélité. Elle comporte néanmoins un risque : celui de réduire le sens du Carême à une simple obéissance extérieure et non pas une conversion intérieure.
Les règles ou interdits du Carême ne sont pas une finalité. Elles sont des médiations au service d’un travail intérieur. Les interdits du Carême, qu’ils concernent l’alimentation, la limitation des écrans, ou d’autres habitudes du quotidien, ne visent pas à instaurer une discipline pour elle-même. Ils s’inscrivent dans une dynamique de conversion. Les règles du Carême permettent d’introduire une distance volontaire par rapport à ce qui structure habituellement la vie quotidienne, afin de rendre possible un cœur à cœur avec Dieu.
Évolution des règles du Carême
Les règles du carême ont évolué au fil de l’histoire. Dans les premiers siècles, la discipline était particulièrement exigeante (jeûne quotidien avec repas très limités). Aujourd’hui, l’Église a conservé l’essentiel tout en adaptant la pratique. Le jeûne est demandé le Mercredi des Cendres et le Vendredi Saint. L’abstinence de viande est prescrite les vendredis de Carême.
Mais ces règles ne constituent pas le cœur du Carême, elles en sont la porte d’entrée.
L’esprit du Carême repose sur trois piliers hérités de l’Évangile :
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le jeûne : introduit une sobriété volontaire qui permet de prendre du recul par rapport à ses habitudes et de retrouver une plus grande liberté intérieure.
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la prière : recentre la démarche sur la relation avec Dieu et évite que le Carême ne devienne un simple effort personnel. Par elle, le cœur se tourne vers Celui qui appelle à la conversion.
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le partage : inscrit le Carême dans la charité. Il rappelle que la relation à Dieu ne peut être dissociée de l’attention au prochain et que toute transformation intérieure trouve son accomplissement dans le don.
Ces pratiques ne sont pas des obligations morales extérieures, mais des moyens concrets pour orienter toute la vie vers Dieu.
Comment faire Carême la première fois ?
De nombreux baptisés redécouvrent aujourd’hui la foi et se demandent comment faire Carême la première fois.
Il ne s’agit pas de chercher une performance ascétique, mais d’entrer dans un chemin simple. Commencer le Carême, c’est d’abord prendre conscience de son besoin de conversion. Il ne s’agit pas de se juger sévèrement, mais de reconnaître que la vie chrétienne est un chemin de croissance.
Ensuite, il est bon de choisir un renoncement concret. Ce geste libre permet de rendre visible le désir de changement. Ce renoncement peut concerner l’alimentation, mais aussi la limitation des écrans ou autres « addictions », ou encore instaurer une règle de vie simple qui nous demande un effort quotidien.
Mais le Carême ne se réduit pas à une privation. Il doit aussi comporter une dimension spirituelle : prendre du temps pour la prière, lire l’Évangile quotidiennement, participer davantage à la vie sacramentelle. Ces exemples sont autant de manières de nourrir sa relation à Dieu.
Enfin, la tradition rappelle que le Carême est inséparable de la charité. Concrètement, cela peut prendre la forme d’un soutien matériel à une personne dans le besoin, d’un don à une œuvre caritative, d’un temps offert à quelqu’un d’isolé, d’une visite à une personne malade ou âgée, ou encore d’un engagement dans le service des plus fragiles.
Ainsi, même vécu pour la première fois, le Carême devient un véritable itinéraire spirituel.

La joie de Pâques : fruit du désert
En acceptant de traverser un temps de dépouillement pendant le Carême, le croyant comprend intérieurement le sens du passage de la mort à la vie. La Résurrection ne devient plus seulement une vérité proclamée, mais une réalité accueillie.
La liturgie pascale ne célèbre pas seulement un événement passé, elle annonce une vie nouvelle. Et le Carême est le passage vers cette vie nouvelle : passage du bruit vers l’écoute, passage d’une foi reçue par habitude à une foi habitée intérieurement.

