Le temps du Carême constitue, dans la tradition chrétienne, une période privilégiée de conversion intérieure et de préparation spirituelle à la célébration de Pâques. Il ne s’agit ni d’une simple coutume liturgique ni d’une pratique morale superficielle, mais d’un véritable itinéraire spirituel, enraciné dans l’Écriture et vécu depuis les premiers siècles par les chrétiens.
Dans un contexte contemporain où les repères religieux tendent à s’estomper, nombreux sont les chrétiens qui s’interrogent sur la manière concrète de vivre ce temps de conversion : quelles sont les règles du Carême ? Quelle est la place du jeûne dans le carême ? Comment s’engager dans un bon Carême qui ne soit ni formaliste ni superficiel ?
Cet article propose de redécouvrir le sens profond du Carême et d’en vivre les exigences avec justesse. Nous vous proposons de découvrir les initiatives de la paroisse de Chatou pour vivre ce Carême en communauté.
Comprendre le Carême
Pourquoi le Carême dure quarante jours ?
La durée du Carême de quarante jours ne relève pas d’un choix arbitraire. Elle s’inscrit dans une longue tradition biblique où le nombre quarante marque toujours un temps de purification, d’épreuve et de préparation à une rencontre décisive avec Dieu.
Par exemple, dans l’Ancien Testament :
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Moïse demeure quarante jours sur le mont Sinaï avant de recevoir la Loi.
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Le prophète Élie marche quarante jours vers l’Horeb.
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Le peuple d’Israël traverse quarante années dans le désert.
Dans le Nouveau Testament, le modèle fondamental demeure le jeûne du Christ au désert. Après son baptême, Jésus se retire pendant quarante jours dans la solitude avant de commencer sa mission publique. La durée du Carême de quarante jours prend pour modèle ce jeûne du Christ au désert.
Qu’est-ce que le Carême ?
Le Carême représente un temps de quarante jours avant Pâques. Pendant le Carême, les chrétiens jeûnent et préparent leur cœur au mystère pascal, c’est-à-dire dans la contemplation de la Passion, de la mort et de la Résurrection du Christ. Pour en savoir plus sur l’origine historique du Carême, voir l’article Carême et mercredi des cendres : marcher vers Pâques.
Le Carême ne saurait être réduit à un ensemble de règles et d’interdits à observer (voir notre article Carême : règles et interdits ?). Il constitue une dynamique de transformation intérieure.
Pour les chrétiens, le carême est :
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un temps de conversion,
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un retour à Dieu,
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un renouvellement de la grâce baptismale.
En ce sens, le Carême ne vise pas uniquement l’ascèse (jeûne et restrictions), mais la restauration de la relation entre l’homme et Dieu.
Comment faire un bon Carême ?
Depuis l’Antiquité chrétienne, le Carême repose sur trois pratiques fondamentales :
- la prière,
- le jeûne,
- le partage.
Ces trois dimensions constituent les véritables règles du Carême.
Faire carême par la prière
La prière est la dimension essentielle du Carême. Sans elle, les autres pratiques perdent leur signification spirituelle et réduisent le Carême à des efforts seulement moraux.
La prière permet de donner ou redonner à Dieu sa place dans nos vies. Pas seulement une place parmi tant d’autres, parmi tout ce qui occupe notre quotidien. Mais bien la place qui Lui revient, c’est-à-dire au cœur de notre vie.

Mais comment faire pour prier ?
Il existe de nombreuses manières de remettre la prière au centre de notre vie. Voici certaines pistes qui peuvent aider à programmer facilement un temps de prière dans notre tourbillon quotidien :
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instaurer un temps de prière quotidienne, même bref, le matin ou le soir. Se mettre un rappel sur son téléphone peut être une solution pour ne pas oublier !
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lire chaque jour l’Évangile du jour (conseil : s’inscrire sur AELF pour recevoir l’Évangile par mail gratuitement) ;
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méditer les lectures liturgiques dominicales à l’avance ;
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participer à une messe en semaine (voir les horaires de messes de la paroisse de Chatou) ;
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prier le chapelet ou une dizaine quotidienne ;
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pratiquer la lectio divina à partir d’un passage de l’Écriture (découvrez comment pratiquer la lectio divina) ;
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utiliser une application de prière pour accompagner son cheminement spirituel comme YouPray ;
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consacrer un moment de silence sans écran chaque jour ;
- vivre le chemin de croix ;
- participer aux temps proposés par la paroisse (retrouver toutes les informations ici pour la paroisse de Chatou).
Faire carême par le jeûne
Le jeûne du carême est une pratique très ancienne dans l’histoire de l’Église. Dans les premiers siècles, le jeûne impliquait souvent la limitation à un seul repas quotidien.
Aujourd’hui, la discipline s’est assouplie, mais demeure significative. L’Église demande :
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le jeûne le Mercredi des Cendres et le Vendredi Saint,
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l’abstinence de viande les vendredis.
Cependant, le jeûne ne se limite pas à la nourriture. Il vise à restaurer la liberté intérieure face aux attachements qui dispersent le cœur. Le jeûne du Carême a pour finalité de purifier le cœur, d’exercer la maîtrise de soi, et d’ouvrir à la prière.
Comment jeûner pendant le carême ?
Pour jeûner lors du carême, les fidèles peuvent :
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réduire la quantité de nourriture lors d’un repas par semaine ;
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renoncer aux desserts ou aux sucreries ;
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s’abstenir d’alcool ;
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limiter le temps passé sur les réseaux sociaux ;
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renoncer aux écrans le soir ;
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éviter les achats non nécessaires pendant le Carême ;
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renoncer à une habitude de confort (café, séries, jeux, etc.) ;
Le Pape Léon propose d’ailleurs une nouvelle forme de jeûne pour ce Carême 2026 : « Je voudrais donc vous inviter à une forme d’abstention très concrète et souvent peu appréciée, celle des paroles qui heurtent et blessent le prochain ». Le Pape Léon XIV invite à « désarmer le langage », à renoncer « aux mots tranchants, aux jugements hâtifs, à la médisance et aux calomnies ». À la place, il encourage à cultiver la gentillesse (voir l’article complet sur Vatican News).
Ces renoncements n’ont de sens que s’ils sont offerts dans la prière : ils deviennent alors des actes spirituels.
Faire carême par le partage
La dimension du partage rappelle que le Carême ne peut être vécu dans un repli individualiste. Le renoncement devient fécond lorsqu’il s’ouvre à la charité.

Comment faire preuve de charité pendant le carême ?
Pour vivre la dimension fraternelle du carême, les chrétiens peuvent concrètement :
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soutenir une œuvre caritative ;
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rendre visite à un malade ou à une personne âgée ;
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participer à une action solidaire paroissiale ;
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préparer un repas pour une personne dans le besoin ;
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s’engager dans un service bénévole ;
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pratiquer une attention particulière dans leur vie familiale ;
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poser des actes de réconciliation ;
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faire un don.
Le partage permet ainsi de transformer les efforts personnels en actes d’amour. Le Pape Léon rappelle d’ailleurs que : « le Carême met en évidence la dimension communautaire de l’écoute de la Parole et de la pratique du jeûne». À l’image du peuple d’Israël se rassemblant pour écouter la Loi et jeûner (cf. Ne 9,1-3), les paroisses, familles et communautés sont appelées à un cheminement commun.
Le Carême, chemin vers Pâques

Le Carême trouve son accomplissement dans la fête de Pâques, sommet de l’année liturgique. Cette fête célèbre la mort du Christ et sa résurrection, signifiant la victoire de la vie sur la mort.
Le Carême est donc une montée vers ce mystère central de la foi chrétienne. Les règles du Carême (jeûne ou pratiques pénitentielles) ne constituent pas une fin en soi. Leur finalité est la conversion du cœur en s’offrant un cœur à cœur avec Dieu pendant quarante jours.
Vivre un bon Carême consiste donc à entrer dans un mouvement de transformation intérieure qui conduit à la rencontre renouvelée avec le Christ ressuscité.
